L’alimentation « naturelle », où comment revenir à ce que la Nature a prévu pour nous ?

Vaste sujet ! Je m’y suis reprise à 5 fois pour écrire cet article. C’est normalement le sujet d’une conférence d’1h30 (notamment dans le cadre du cycle Alimentation Responsable organisé avec la Recyclerie dont vous retrouvez les infos ici). J’en ai généreusement coupé tous les bla-blas pour ne vous en sortir que les conclusions pratiques.
Je vous propose donc de regarder, à chaque étape de notre chaîne alimentaire (du champs à l’assiette, comme c’est la mode de le dire), ce qu’on peut faire concrètement à notre échelle pour rester au plus proche de ce que la nature a prévu pour qu’on fonctionne bien ensemble (elle et nous, j’entends).
On y va ?

Production

Depuis la Seconde Guerre Mondiale, on peut dire qu’on est un peu sorti de la logique de « laisser la nature faire son oeuvre », à grand renfort de mécanisation et d’intrants chimiques. Ça nous a été très utile à un moment donné et appris plein de choses, mais on sait aussi maintenant que c’est délétère à long terme pour notre santé et celle de la planète.

Face à ça, on peut s’appuyer sur des modes de production plus doux, privilégiant les rotations de cultures, le respect des rythmes et de la biodiversité.
Pour s’y retrouver, on pourra reprocher aux labels bio de ne pas aller assez loin, mais c’est déjà une bonne base, un socle de garanties minimum.

D’ailleurs on commence à voir les effets positifs des conversions en bio d’il y a 10 ans, des plantes plus résistantes, qui redécouvrent leurs auto-défenses et nous les transmettent via leurs nutriments (vive les polyphénols). Et la Terre nous remercie avec une meilleure préservation à long terme de l’eau, des sols et de la biodiversité.

Alors dans un monde idéal, on a notre propre potager, ou un exploitant à proximité avec qui on peut échanger sur ses méthodes. Sinon, quand on habite en ville, on peut privilégier les enseignes bio pour un max de végétaux (fruits et légumes mais aussi noix, céréales complètes et légumineuses).

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : Manger des légumes à foison, même sils sont pas bio, sera toujours bénéfique pour vous ! Et si vous craignez les résidus, vous pouvez toujours vous en débarrasser au maximum en :
– Lavant abondamment les légumes, et même en les brossant soigneusement
– Les laissant tremper dans une eau bicarbonatée
– Privilégiant des cuissons à la vapeur

Même topo dans l’élevage animal : si vous choisissez de manger de la viande, vous avez maintenant des outils pour ne pas encourager les élevages intensifs d’animaux entassés, nourris au soja OGM et traités aux antibiotiques en préventif (je caricature mais à peine…). Entre crises de la vache folle, grippes aviaires et autres joyeuseté, la nature nous a envoyé pas mal de signaux pour dire qu’on faisait n’importe quoi.

C’est un cercle vertueux : en traitant mieux les animaux, avec plus d’espace, de soin et une bonne alimentation, ils sont moins malades, on les médicalise moins, et ils nous apportent de meilleurs nutriments. Vraiment un secteur où l’idée de choisir la qualité vs la quantité est cruciale.

Et si on n’a pas des poules chez soi ou un élevage au coin de la rue, on peut regarder attentivement les étiquettes, choisir les mentions « sans antibiotiques », « plein air » et les appellations d’origine, s’appuyer sur les labels rouges, bio. C’est déjà une bonne base.

A explorer également, les filières « oméga-3 » : seul cahier des charges qui impose des obligations de résultats en plus des obligations de moyens (en gros ça ne dit pas seulement « vous n’avez pas le droit d’utiliser tel ou tel type/quantité de produit dans votre élevage » mais aussi « vous devez donner ça aux animaux, et obtenir dans l’assiette du consommateur telle qualité avec des mesures précises ») > ça change tout !

En gros, ce sont des animaux bien nourris, en pleine santé, et au gras rempli d’oméga-3 hyper bénéfique pour notre consommation (EPA/DHA, ceux dont on manque tous cruellement et qu’on trouve plutôt dans les petits poissons gras). Bonus, les enquêtes à l’aveugle attribuent à ces viandes des meilleures scores de goût, texture et tenue à la cuisson. Tout bénéf’ !
Vous cherchez donc à repérer les mentions « oméga-3 » sur les paquets, ou le label « bleu-blanc-coeur », en particulier pour les oeufs, la volaille, le porc et le lapin.

Pollution

Outre les traces de l’intervention humaine sur les processus naturels de production alimentaires, on aimerait aussi se passer des traces indirectes de son activité sur l’environnement. Je pense à des contaminations involontaires (ou par négligence), notamment des activités industrielles et leurs rejets dans les sols, l’air et les réserves d’eau…

On n’a probablement pas idée d’un dixième des contaminations qui nous entourent, mais on peut déjà veiller à plusieurs points bien connus :
– Éviter le riz cultivé autour du Mekong, terriblement pollué en métaux lourds. Bonne nouvelle, on fait du super riz en Europe : en Camargue ou en Italie par exemple.
– Ne pas ramasser les champignons n’importe où, super bio-accumulateurs de radioactivité et de pollution environnante (adieu les bords de route)
– Fuir tous les gros poissons prédateurs qui stockent le mercure de ceux qu’ils ont dévorés avant (sans parler des plastiques et autres pollutions des océans) et les PCB pour les poissons d’eau douce. Même l’ANSES le dit, le poisson c’est bien mais c’est pas open-bar, pour tout le monde en général et en particulier pour les femmes enceintes, allaitantes et les jeunes enfants.

Si on mange du poisson, on se concentre sur les petits poissons gras des eaux froides (sardines, maquereaux, harengs, saumon, truite).

Transformation

Un sujet qui mériterait un livre à lui tout seul (d’ailleurs ça existe, notamment celui là) : On veut éviter les Aliments Ultra-Transformés.

Concrètement, environ 20% de la production agricole aujourd’hui est destinée à une consommation brute. Les autres 80% partent dans l’industrie agroalimentaire pour être plus ou moins transformés. Alors on est d’accord, ça rend bien service de pas avoir à faire ses pâtes soi-même, et d’acheter des trucs tous prêts. Oui MAIS environ 70% des produits en supermarché sont plus proches de la chimie que de la cuisine.

On veut surtout éviter les listes d’ingrédients à rallonge, avec des mots qu’on ne comprend pas, des éléments qu’on ne trouverait jamais dans une cuisine familiale (des amidons transformés, des graisses hydrogénées, de l’huile de palme, juste en quelques exemples), ou d’autres tellement éclatés, souflés, dissouds et reconstitués qu’il ne reste rien de ce que la nature a effectivement produit !

Et malheureusement non, le Nutriscore ou Yuka ne vous aideront pas dans cette quête : ils mesurent des critères essentiellement quantitatifs (le produit est-il trop sucré, trop gras, trop salé, pour caricaturer). C’est comme ça qu’un paquet de surimi a une meilleure note qu’une boite de sardines…

On veut manger VRAI, des aliments les plus proches de leur forme d’origine, parce qu’il y a toujours une bonne raison pour laquelle la nature a conçu le vivant de cette façon, d’associer et agencer des molécules exactement comme ça. C’est l’effet MATRICE. Et si vous croquez une pomme entière, ou buvez la même en jus, ou gobez la même en poudre encapsulée, vous n’en tirez pas les mêmes effets.
Sinon, on se nourrirait tous d’une petite pilule chaque matin pour être en pleine forme.

Ça prend un peu plus de temps je vous l’accorde, mais ça demande surtout une meilleure organisation. Et une repriorisation : oui c’est important, utile, agréable, « rentable » de passer du temps en cuisine. Sur le long terme il n’y a que des bénéfices. Et si vous avez besoin d’un coup de pouce avec des produits déjà (un peu) préparés, appuyez-vous pour les choisir plutôt sur les scores de l’application SIGA que ceux de Yuka.

Distribution

J’ai envie de dire que l’alimentation naturelle est celle qui est la plus proche de nous.

Evidemment on entend par là d’abord une idée de proximité géographique. Ce serait chouette si seulement on pouvait nous livrer des bananes à vélo… Mais si on est un peu sérieux, c’est une très bonne image : on ne devrait consommer que des produits qui sont atteignables à vélo.

Pourquoi ? Pour des raisons évidentes d’impact écologique du transport bien sur, mais aussi parce qu’au-delà, il faudra récolter le fruit avant sa maturité par exemple. Et donc perdre une partie de son potentiel naturel en terme de nutriment par exemple. Il aura surement été sélectionné ou traité pour supporter le transport, connu des chauds et des froids qui altéreront ses caractéristiques. D’autant plus qu’on ne maitrise pas aussi bien les normes et cahiers des charges pour des pratiques à l’autre bout du globe, alors au final, on ne sait pas trop ce qu’on mange.

C’est d’autant plus intéressant si on prend en compte l’idée que la nature est bien faite. Il y a donc un SENS, une logique, à ce qu’elle nous offre dans un endroit précis à un moment précis de l’année. La notion de local et celle de saison sont indissociables : ce n’est pas pour rien qu’en hiver on trouve des courges, denses et à manger chaudes, et en été des tomates et pêches, légères et hydratantes.

J’aime bien également inclure dans la proximité une dimension de proximité physique, entre l’aliment et nous. Par là j’entends le fait de mettre le moins de distance matérielle entre nos sens (vue, odorat, toucher…) et les aliments que l’on choisi d’acheter.

Bien entendu soutenir l’idée du vrac c’est plus écolo en terme de réduction des déchets. Mais c’est aussi un contact plus naturel, on choisit l’aliment brut, pas la marque ou le dessin sur le packaging.

Et sur cette lancée, choisir ses aliments pour ce qu’ils sont, et non pour un discours marketing, ça nous permet aussi d’être plus connectés à nos vrais besoins, nos envies, ce que notre corps nous réclame en accord avec ses propres rythmes biologiques et non ce que la société / les marques / les lobbys veulent nous faire croire. C’est ce que j’aime appeler dans ce cadre une proximité physiologique.

Je crois fermement que notre rapport à l’alimentation aujourd’hui est influencé d’abord par des croyances héritées et des habitudes ancrées depuis l’enfance. Par dessus, nous ne sommes pas éduqués aux bases de l’équilibre nutritionnel (ni à ses mises à jour au fur et à mesure des découvertes), à la cuisine, et les seuls discours audibles sur le sujet sont portés par les marques qui ont des produits à nous vendre.

Consommation

Enfin, c’est une ouverture, mais pour moi dans une logique de naturalité, je ne peux pas m’arrêter à l’individu. La nature nous a fait interdépendants. Se préoccuper d’une alimentation naturelle ça veut dire aussi se préoccuper de tout l’écosystème dont on fait partie, de boucler la boucle.
Ça implique d’une part la responsabilité de ne pas gaspiller, en valorisant au maximum toutes les denrées qui entrent dans nos maisons et leur accordant le soin qu’elles méritent, mais aussi de rendre à la terre ce qu’on n’aura pas utilisé pour nous, via du compostage par exemple.

D’autre part, c’est aussi pour moi d’avoir à coeur de respecter et soutenir ceux qui rendent tout ça possible, qui sont notre lien direct entre la nature et nous dans la chaine alimentaire : des producteurs, agriculteurs, éleveurs, ceux qui ont les mains dans la terre et les fluides animaux, dont le travail est si mal reconnu alors qu’il est essentiel.

Pour ça il existe des circuits courts et des systèmes de rémunération juste, équitable.

Voila, j’espère que vous aurez compris que tout ça n’est qu’une introduction, une réflexion pour rester connectés, à notre échelle, à l’alimentation naturelle.
Non pas au sens de retourner vivre dans des cavernes et ne manger que ce qu’on saurait faire pousser ou tuer de notre propre main, mais plutôt de compenser les dérives et les extrêmes dans lesquels notre système moderne nous entraine, et qui oublie de prendre soin de la planète, de notre santé, de ceux qui nous nourrissent vraiment et de ceux qui viennent après nous.

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